Acquittement pour viol en réunion : que nous dit et où nous mène la Sentence en quatre pages ambiguës et moralistes

colpa donne

«Les faits remontent à 2008, la femme que j’ai assisté avait une relation d’amitié et de collaboration avec un des garçons qui l’avait invitée à boire. Elle avait été vue alors qu’elle ne tenait plus debout et visiblement soutenue par le groupe à la sortie de la ‘Fortezza da Basso’ (ancienne forteresse de la ville de Florence, où sont régulièrement organisés évènements et fêtes n.d.r), le groupe s’est ensuite éloigné de la ‘Fortezza’. Elle a donné une description détaillée des faits, mais selon la Cour, elle était une femme libre, prête et habituée aux pratiques sexuelles désinhibées et cela aurait justifié les accusés quant à interpréter comme un consentement à un rapport sexuel de groupe entre six hommes et une femme. » Ce passage mine la liberté et la dignité des femmes car il légitimiste la déduction de leur disponibilité sur la base de comportements sexuels.

La victime avait eu deux rapport sexuels occasionnels, vivait en concubinage et avait eu une relation homosexuelle, trop dévergondée au goût des juges, donc ces six hommes ont pu en interpréter le consentement. Une sentence qui pue la morale sexiste et patriarcale et qui envoie un message aux femmes : « vous ne pouvez pas vivre librement votre sexualité car vous ne bénéficiez pas d’une totale individualité : si vous échappez aux bonnes mœurs sexuelles, alors vous n’avez plus droit au consentement, ça sera aux autres d’en décider. En gros : soit vous êtes la propriété d’un seul patriarche, de la famille ou de Dieu, soit baissez les bras… vous appartenez à tous. »

Les aberrations ne s’arrêtent pas là. La sentence de la Cour de Cassation déclare qu’avoir des rapports sexuels avec une personne ivre, dans des conditions de moindres capacités physiques et psychiques revient à la forcer. Mais après, cette même Cour réussit un véritable tour de prestige : étant donné que lors du procès en appel excluait que les accusés aient forcé la victime à boire avec l’intention de la violer, voilà que l’état d’ébriété de la victime disparaît et devient un«probablement ivre mais présente d’esprit». L’avocate de la victime a souligné que la Justice avait mis sur le même plan le témoignage de la victime et celui des accusés. La loi en Italie veut que les témoins jurent et qu’en cas de déclarations fausses, ils en subissent les conséquences pénales. Les accusés, quant à eux, n’ont pas à jurer et peuvent mentir ou se taire pour se défendre. Pourtant les juges ont utilisé les déclarations des accusés contre celles de la victime.

La jeune femme, enfin, selon la sentence se serait soumise à dix-neuf heures d’interrogatoire et aurait attendu sept ans la fin du procès comme une sorte d’auto-thérapie masochiste. Oui, car il fallait qu’elle se punisse pour prendre ses distances par rapport à une soirée «sale» qui se serait mal terminée. Bref, pour les juges, la victime n’était pas ivre, au contraire elle l’était mais étrangement elle était aussi «présente d’esprit», «libre et sans inhibitions» et puis tout-à-coup ce n’est plus cela non plus : elle était moraliste et s’en est ensuite mordue les doigts. Ca ne fait pas un pli, n’est-ce pas ? Les juges eux-mêmes condamnent le viol, et puis non : ils l’admettent, et puis non, on change d’avis à nouveau : on le nie, car si une femme est «dévergondée», eh bien «elle l’a provoqué».

libere di scegliere

Di.Re Donne in Rete (Di.Re Femmes en ligne, n.d.t), l’association nationale italienne des centres anti-violence a commenté la sentence avec l’association Artemisia, de Florence : «Selon la Cour, ce qui s’est passé à la Fortezza a été un simple rapport sexuel de groupe en état d’ébriété. La Cour ne tient même pas compte des moindres capacités, comme le dit la sentence : aucune condition de déficience ne pouvait être devinée par les auteurs du fait, tous certainement éméchés et euphoriques comme la jeune femme, car compagnons de beuveries et de danses suggestives. Cette sentence insulte l’intelligence des hommes comme des femmes de notre pays et souligne un retard culturel basé sur des à priori sexistes qui semblent survivre à la loi et aux conventions dont l’Italie se vante et qui ne sont que des mots mais qui restent des principes abstraits. Pour être considérées victimes d’un acte de violence, de nos jours encore, les femmes doivent correspondre à un modèle traditionnel, hors duquel leur crédibilité est honteusement remise en cause.» Déjà sur internet et sur les réseaux sociaux, les contestations à la Sentence du tribunal et l’association Unite in Rete (Unies en ligne, n.d.t) irganise une manifestation qui se tiendra à Florence le 28 Juillet 2015.

Nadia Somma (@Nadiesdaa)  21 Juillet 2015

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